Et puis ton cours tranquille au travers des forêts
Ta surface où scintille au soir le firmament
Reflétant les visages des fées qui s'y miraient.
Ton écume où ruisselle ta mousse toute blanche
Créant des tourbillons et des profonds remous
Les geysers qui jaillissent lorsque quelque avalanche
Projette des rochers dans ton lit de cailloux.
Ton courant tumultueux use les pierres vives
Les faisant ressembler à ces simples galets
Qu'on trouve à profusion tout au long de tes rives
Et qu'on lance à la main pour quelques ricochets.
Pourtant, dans la montagne où se situe ta source
Tu sembles bien petit au sortir de la faille
Et tu prends là ta vie, te prépare à la course
Sinueuse et rapide à travers la rocaille.
Plus bas dans la vallée, repus et fatigué
Tes eaux chargées de branches, d'herbes de toutes sortes
Qui retenues parfois sur le bord de tes gués
Ne bougent plus, avancent, s'enfoncent et puis ressortent.
Quand à la fin tu meurs, rejoignant la rivière
Tu lui donnes ta vie en une douce osmose
Elle t'avale entier, sans la moindre prière
Puis tu n'existes plus, petit torrent des Vosges.
Mais là-haut tu renais, crachant chaque seconde.
Ton jet ténu et fort renouvelé sans cesse
S'arrête sur le roc, un instant vagabonde
Se lance sur la pente en une folle ivresse.
Quelle est donc cette force qui pousse la nature
A consommer sans cesse ta résurrection
Te donne chaque jour une nouvelle aventure
Réglant ton existence et ta disparition ?